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L’Europe face au gonflement de la bulle photovoltaïque

La filière solaire a pris des allures de « patate chaude » pour les gouvernements européens. Effrayés par la croissance très rapide des installations, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne sont en train de revoir brutalement leur politique de soutien au photovoltaïque, après avoir pourtant tout mis en œuvre pour assurer son essor.

D’ici au 8 mars, l’Etat français va publier un décret instaurant un nouveau cadre de régulation pour la filière. Celui-ci va imposer des appels d’offres pour les fermes au sol et les grandes toitures, a indiqué mardi le gouvernement, et une baisse de 20 % des tarifs d’achat de l’électricité solaire. Ce sera la troisième baisse depuis janvier 2010, alors même que l’ancien ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, avait promis aux professionnels une stabilité des tarifs entre 2010 et 2012. Voilà deux semaines, Londres a aussi annoncé une remise à plat de son système. Le pays s’inquiète de la multiplication des installations de très grande taille au moment même où la Grande-Bretagne s’impose une cure d’austérité budgétaire.

En Espagne, la remise en cause est encore plus violente. Fin janvier,  Madrid a décidé de réduire le nombre d’heures de fonctionnement des installations solaires de 30 % pendant deux ans. Une mesure rétro active jugée « inacceptable » par Bruxelles et qui a déclenché la colère des professionnels et des investisseurs. Voilà trois ans, l’Espagne avait déjà pris des mesures radicales en la matière. Madrid avait limité l’installation de panneaux à un quota de 500 mégawatts par an, afin de limiter la croissance vertigineuse du nombre de parcs.

En Europe centrale, les aides au photovoltaïque subissent aussi un violent coup de frein. A l’automne, la République tchèque a créé un nouvel impôt d’un montant de 26 %, qui va frapper les parcs de plus de 30 kilo watts pendant les trois ans à venir. Cette mesure rétroactive viole clairement les conditions garanties aux entrepreneurs, mais elle permet de limiter la hausse des tarifs de l’électricité à 5,5% en 2011 selon le gouvernement.

Le système est-il plus stable dans les pays les plus avancés ? Pas vraiment…Fin janvier, l’Allemagne a décidé d’avancer de six mois la date des prochaines baisses des tarifs. Ceux-ci pourraient diminuer de 3 % à 15%au1er juillet selon la croissance du secteur. Le pays a beau constituer le plus grand marché de la planète, avec plus de la moitié des capacités installées, la surchauffe y dépasse toutes les prévisions. L’an dernier, le nombre d’installations a encore doublé pour atteindre plus de 8 gigawatts ! Quels que soient les pays, rien n’y fait. A la différence de l’éolien ou de la biomasse, le solaire reste une filière difficile à gérer. Quelles sont les raisons de cette spécificité ?

Le photovoltaïque est tout d’abord une filière onéreuse. En France, le tarif de rachat varie de 276 euros par méga wattheure pour les parcs au sol à 580 euros par méga wattheure pour les installations situées sur les toits des particuliers. En comparaison, l’hydroélectricité coûte environ 60 euros le méga wattheure, l’éolien terrestre 70 euros et la biomasse 110 euros.

Surtout, l’écart entre les tarifs d’achat de l’électricité solaire imposés à EDF et les prix de marché de l’électricité (50,50euros par méga wattheure pour une livraison en mars 2011) est énorme. Or cet écart est financé par les consommateurs d’électricité via la contribution au service public de l’électricité (CSPE). Avant l’instauration d’un moratoire, début décembre, la Commission de régulation de l’énergie avait évalué le coût du photovoltaïque dans la CSPE à 1milliard d’euros en 2011. Cette contribution aurait nécessité une hausse de la facture des consommateurs de 2 à 3% selon le régulateur.

Deuxième difficulté, le photovoltaïque est une filière à évolution très rapide. Selon le syndicat des énergies renouvelables, le coût du kilowattheure photovoltaïque a baissé en moyenne de 7% par an depuis 1980. Avec le développement du marché mondial, cette baisse s’est accélérée pour atteindre des niveaux allant jusqu’à -20% en 2009. A l’avenir, le phénomène va encore prendre de l’ampleur avec la montée en puissance d’acteurs chinois comme Suntech ou Yingli et l’arrivée des géants coréens ou taïwanais tels que Samsung ou TSMC. D’ici à 2015, le prix des systèmes photovoltaïques devrait encore chuter de 40%, pronostique déjà l’Association des industriels européen du secteur (Epia). Ce qui pourrait permettre d’atteindre d’ici à cinq ans un coût de production similaire à celui de l’électricité conventionnelle dans le sud de l’Europe.

Troisième difficulté, le photovoltaïque est une filière compliquée, qui regroupe les installations au sol, les panneaux sur grandes toitures et ceux chez les particuliers. En France, on a encore complexifié le système en introduisant le concept des installations intégrées au bâti, et non pas posées sur le toit. Les technologies utilisées varient d’un segment à l’autre. Les performances aussi. Du coup,  les gouvernements tâtonnent pour trouver les outils adaptés à chaque famille. En France, l’Etat a commencé par mettre en place des tarifs d’achat nationaux pour les centrales au sol, avant de les régionaliser, puis de se rallier à un système à base d’appels d’offres. Les tarifs d’achat, eux, ne permettent pas de contrôler les volumes mais ils s’avèrent incontournables  pour traiter les milliers de dossiers liés aux petites installations.

Dernière difficulté, la dépendance de la filière vis-à-vis des importations. En France, le déficit de la balance commerciale a été multiplié par quatre en dix ans dans ce secteur pour atteindre 1,5 milliard d’euros en 2010. Selon les statistiques des douanes, les importations chinoises représentent 25 % du total. Dans l’Hexagone, la filière industrielle est en train de se construire, mais les deux tiers des emplois se situent encore en aval, dans l’installation ou de l’ingénierie. De quoi susciter des débats au sein de l’Etat sur l’ampleur des aides à accorder.

Source : Les Echos

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